Madagascar leader backs revival of youth national service
Le chef de la transition promet un service civil de quelques mois, la Gen Z réclame des investissements dans l'emploi
À Madagascar, le débat sur le rétablissement d’un service national pour les jeunes s’invite désormais au cœur des priorités économiques du pays. Michael Randrianirina, chef de la transition, s’est déclaré favorable à cette mesure lors d’un déplacement à Ihosy, dans le sud du pays, le week-end dernier. Pour lui, la jeunesse malgache aurait perdu « la notion de discipline », un constat qui justifierait, selon lui, un dispositif de quelques mois, même en dehors d’un cadre militaire.
S’adressant samedi 24 octobre à un parterre d’autorités traditionnelles du sud, le chef de la transition a dressé un portrait peu flatteur de la jeunesse, dénonçant tour à tour des insultes proférées sur les réseaux sociaux et des comportements irrespectueux. « Nous étudions à nouveau les modalités d’application d’un service national en dehors d’un cadre militaire. Il est indispensable, même sous un format de quelques mois, car nous constatons que les jeunes Malgaches ont perdu la notion de discipline. Les jeunes ne respectent plus leurs aînés. Même dans les transports publics, ils ne leur cèdent plus la place », a-t-il affirmé.
Cette position soulève une question économique de fond : celle de l’adéquation entre les investissements publics et les besoins réels d’une jeunesse qui représente un capital humain considérable, mais dont l’insertion sur le marché du travail demeure précaire. C’est précisément l’angle d’attaque choisi par les représentants de la Gen Z, dont la mobilisation de l’an dernier avait permis le changement de régime.
Mihary Rakotondravelo, l’un des représentants de ce mouvement, dénonce des propos infantilisants et un projet qu’il juge loin d’être essentiel. « Le plus urgent, c’est les besoins et les droits fondamentaux, la bonne gouvernance. Les priorités, c’est l’éducation, l’emploi. Qu’est-ce qu’on fait des jeunes qui sortent des universités diplômés et qui peinent énormément à trouver un emploi décent ? C’est la jeunesse qui lui a permis d’être au pouvoir. Est-ce que ce n’est pas une manière de museler ou de contrôler cette jeunesse-là ? », demande-t-il.
Ce représentant de la Gen Z interroge également la crédibilité du pouvoir en matière de gestion économique et institutionnelle. « Il a parlé du respect des aînés, mais le respect se mérite et va dans les deux sens. Il demande discipline et rigueur. Mais est-ce que lui incarne cette discipline et cette rigueur qu’il veut transmettre à la jeunesse ? J’en doute fortement, cela reste à voir. La lutte contre la corruption par exemple, où en est-on ? Il n’y a pas de mesure concrète à apprécier en la matière », dénonce-t-il. Un reproche qui touche directement au climat des affaires et à la confiance des opérateurs économiques, deux facteurs déterminants pour l’emploi des jeunes diplômés.
De nombreux jeunes estiment ainsi qu’un tel projet ne répond pas à leurs priorités, alors même que ce sont eux qui ont porté au pouvoir l’actuel chef de la transition.
Le dispositif évoqué n’est pas une nouveauté institutionnelle. Institué par décret en 1978, le service national obligatoire imposait une formation militaire aux jeunes de 18 à 31 ans, ainsi que la réalisation de projets sociaux, d’enseignement par exemple. Le texte n’a jamais été abrogé, mais le système a progressivement été abandonné à partir de la fin des années 1980. Sa remise à l’ordre du jour, sous un format non militaire, devra donc convaincre une génération qui attend d’abord des résultats sur l’éducation, l’emploi et la gouvernance économique du pays.
Q&A
Pourquoi le chef de la transition souhaite-t-il rétablir le service national ?
Michael Randrianirina estime que les jeunes Malgaches ont perdu la notion de discipline et ne respectent plus leurs aînés, y compris dans les transports publics, et juge indispensable un dispositif de quelques mois, même en dehors d'un cadre militaire.
Quel est l'historique institutionnel du service national à Madagascar ?
Institué par décret en 1978, le service national obligatoire imposait une formation militaire aux jeunes de 18 à 31 ans ainsi que la réalisation de projets sociaux, comme l'enseignement. Il n'a jamais été abrogé, mais le système a été abandonné progressivement à partir de la fin des années 1980.
Quelles objections les représentants de la Gen Z formulent-ils ?
Mihary Rakotondravelo juge le projet non essentiel et les propos infantilisants. Il priorise l'éducation, l'emploi, la bonne gouvernance et les droits fondamentaux, s'inquiète du sort des diplômés qui peinent à trouver un emploi décent, et dénonce l'absence de mesure concrète contre la corruption.
Quel est l'enjeu économique soulevé par ce débat ?
La question centrale est l'adéquation entre les investissements publics et les besoins réels d'une jeunesse représentant un capital humain considérable mais dont l'insertion sur le marché du travail demeure précaire, dans un climat des affaires affecté par la confiance des opérateurs économiques.