Outre-mer: des lycéens dénoncent des établissements qui ne fonctionnent pas
Lycées ultramarins: l'écart entre rénovations promises et conditions réelles
Des Antilles à La Réunion, la mobilisation des lycéens met en lumière l’état réel des infrastructures scolaires et le fonctionnement quotidien des établissements. Derrière les heurts et les dizaines d’interpellations recensés cette semaine dans plusieurs territoires ultramarins, les revendications portent d’abord sur ce qui fonctionne mal dans les faits: bâtiments dégradés, remplacements de professeurs insuffisants, organisation du temps scolaire et conditions matérielles d’accueil des élèves.
À La Réunion, dans l’océan Indien, les jeunes réclament “plus de profs”, “des moyens” et une “meilleure organisation du temps scolaire”. Mardi, 1.500 manifestants ont été recensés sur l’ensemble du département selon la préfecture. À Saint-Pierre, dans le sud de l’île, un rassemblement de 300 jeunes selon la police, et de 800 selon les organisateurs, s’est déroulé dans le calme. Le ton a été tout autre dans l’ouest et le sud. De brefs affrontements ont éclaté à Saint-Paul et Saint-Louis, conduisant à 22 interpellations, dont 21 mineurs, effectuées à la mi-journée par les forces de l’ordre, avant un retour au calme. Au total, 387 policiers et gendarmes ont été déployés.
Le climat s’était déjà tendu lundi et vendredi dans le chef-lieu, Saint-Denis, où des caillassages et des feux de poubelles avaient fait sept blessés parmi les agents, conduisant à 18 arrestations. Dans la nuit de lundi à mardi, l’entrée d’une salle d’un lycée de Saint-Benoît, dans l’est, a par ailleurs été incendiée par un tir de cocktail Molotov. La justice a également ouvert une enquête après une interpellation dans la commune du Tampon, dans le sud. L’Union des femmes réunionnaises (UFR) a dénoncé une “violence inacceptable” à la suite de la diffusion d’une vidéo montrant un jeune menotté, maintenu au sol par des gendarmes lors de cette arrestation.
Aux Antilles, le mouvement a débuté lundi avec une vingtaine de lycées perturbés et huit élèves interpellés au total. Les griefs portent sur l’état matériel dégradé des écoles et sur l’algorithme d’orientation universitaire Parcoursup, jugé pénalisant pour les candidats souhaitant étudier dans l’Hexagone. En Martinique, seize établissements ont été touchés, dont deux ont dû fermer et basculer en cours à distance sur internet, selon le rectorat. En Guadeloupe, au moins sept lycées se sont mobilisés. Des palettes ont bloqué les accès du lycée Baimbridge, l’un des plus grands de l’archipel, où un jeune soupçonné d’avoir lancé un projectile a été interpellé.
C’est à Baimbridge que le décalage entre les promesses de rénovation et le quotidien des élèves apparaît le plus nettement. Derrière le slogan “Notre avenir n’est pas négociable”, les élèves fustigent des infrastructures inadaptées aux fortes chaleurs tropicales. “Nous avons souvent des coupures d’eau, nos toilettes sont non mixtes, elles ne ferment pas, il n’y a pas de papier”, détaille à l’AFP Noema Gane, élève en terminale à Baimbridge. Elle évoque aussi l’absence de climatisation et des attentes allant jusqu’à “1H30 en plein soleil pour pouvoir manger” à la cantine.
Face à ce constat, les autorités de l’éducation et les élus locaux ont répondu en termes de moyens et d’exécution. À l’issue d’un conseil académique réuni lundi, le recteur de la Guadeloupe Gabriele Fioni a reconnu devoir “s’améliorer sur le remplacement des professeurs”, un aveu qui pointe directement l’une des failles du service rendu aux élèves. Le président de la région Guadeloupe, Ary Chalus, a rappelé que la collectivité investissait “des millions d’euros” pour rénover les bâtiments, une affirmation qui met en avant les financements engagés alors même que les usagers décrivent des équipements qui ne fonctionnent pas au quotidien.
La question posée par ces mobilisations, des Antilles à La Réunion, est donc celle de l’écart entre les moyens annoncés et la réalité des conditions de scolarité: eau courante, sanitaires, restauration, climatisation et remplacement des enseignants. Tant que cet écart persistera, les établissements risquent de rester le théâtre de tensions, comme l’illustrent les fermetures et les passages en cours à distance en Martinique, les blocages en Guadeloupe et les perturbations observées à La Réunion. Les prochaines semaines diront si les engagements pris sur le remplacement des enseignants et la rénovation des bâtiments se traduisent, ou non, dans le quotidien des élèves.
Q&A
Quels problèmes concrets de fonctionnement les élèves du lycée Baimbridge décrivent-ils?
Des coupures d'eau fréquentes, des toilettes non mixtes qui ne ferment pas et sans papier, l'absence de climatisation malgré les fortes chaleurs tropicales, et des attentes pouvant atteindre 1H30 en plein soleil pour manger à la cantine, selon Noema Gane, élève en terminale.
Comment les autorités éducatives et les élus ont-ils répondu?
Le recteur de la Guadeloupe, Gabriele Fioni, a reconnu à l'issue d'un conseil académique devoir s'améliorer sur le remplacement des professeurs. Le président de la région Guadeloupe, Ary Chalus, a rappelé que la collectivité investissait des millions d'euros pour rénover les bâtiments.
Quelle a été l'ampleur du mouvement dans les territoires concernés?
Aux Antilles, une vingtaine de lycées ont été perturbés dès lundi avec huit élèves interpellés; en Martinique, seize établissements ont été touchés dont deux fermés et passés en cours à distance; en Guadeloupe, au moins sept lycées se sont mobilisés; à La Réunion, 1.500 manifestants ont été recensés mardi selon la préfecture, avec 387 policiers et gendarmes déployés.
Quels incidents ont marqué les mobilisations?
À La Réunion, des affrontements à Saint-Paul et Saint-Louis ont conduit à 22 interpellations dont 21 mineurs; à Saint-Denis, des caillassages et feux de poubelles ont fait sept blessés parmi les agents et 18 arrestations; l'entrée d'une salle d'un lycée de Saint-Benoît a été incendiée par un tir de cocktail Molotov; une enquête judiciaire a été ouverte après une interpellation au Tampon.